Blog

A quel âge apprendre une nouvelle langue ?

 

C’est un lieu commun de dire qu’il est plus facile d’apprendre une langue étrangère dès son plus jeune âge. Plasticité du cerveau, période par excellence de tous les apprentissages … nous ont poussé à favoriser l’enseignement des langues dès l’enfance.

Là où en France, il y a encore seulement une vingtaine d’année, l’enseignement d’une Langue Vivante (souvent l’Anglais, mais pas que !) se faisait à l’entrée au collège, soit à l’âge de 10 à 11 ans, au fil des années, cette discipline a progressivement gagné sa place dans les salles de classe de primaires. 

Depuis 2016 en effet, les initiations aux rudiments de l’anglais en France se font dès la classe de CP, soit à l’âge de 5 à 6 ans, et l’enseignement d’une seconde langue étrangère est quant à lui passé de la 4ème à la 5ème. Et le nombre de crèches ou écoles alternatives ou privées proposant un enseignement d’une seconde langue dès le plus jeune âge a lui aussi fortement progressé dans l’Hexagone. La France suit ainsi les initiatives des pays nordiques qui fonctionnent de la sorte depuis les années 1950, des pays où la proportion de bilingues est bien plus élevé, et ce n’est pas un hasard !

Alors, est-il vrai qu’il est mieux d’apprendre une langue étrangère lorsque l’on est enfant ou bébé ? Est-il « trop tard » pour les adultes ? 

 

Pourquoi un enfant apprendrait-il une langue plus rapidement qu’un adulte ?

 

Une langue, c’est avant tout une système de pensée

 

En tant qu’expatrié notamment, nombre d’entre vous utilisez des mots ou expressions étrangères avant même d’avoir le réflexe de vous exprimer dans votre langue maternelle. Cela n’est pas simplement dû qu’à votre présence dans un pays étranger et au fait que vous soyez baignés dans un tumulte de langues ! Mais c’est car certaines langues sont plus à même d’exprimer telle ou telle idée ou concept bien précis, car une langue, c’est avant tout une système de pensée. Et d’une culture à l’autre, d’un pays à l’autre, ces points de vue changent.

Aussi, un peu à l’image d’un ordinateur qui fonctionne avec un système d’exploitation, l’être humain « installe » dans ses plus jeunes années un « système », dont la langue est l’un des aspects principaux. Et changer de système, ça ne se fait pas d’un claquement de doigt, car il n’est pas possible de réinitialiser un cerveau !

Voilà pourquoi lorsqu’un enfant apprend plusieurs langues en même temps, elles « s’agrègent » en un tout, là où un adulte « additionnera » un système à un autre, ce qui sera perçu comme moins « efficace ». Dans ce contexte de mélange de langues, il n’est cependant pas rare qu’un enfant bilingue mette un petit peu plus de temps à s’exprimer qu’un autre. Comme il a deux systèmes à assimiler en même temps, un décalage dans l’expression peut être observé. Mais pas de quoi s’affoler ! Ce n’est pas un problème de confusion entre les deux langues : l’enfant sait très bien faire la différence (par la musicalité notamment). Il attend juste parfois d’être plus assuré de sa maîtrise des deux outils !

 

Une langue, c’est aussi le moyen de s’intégrer

 

Dans les cas des familles s’installant durablement à l’étranger, on observe également que les enfants ont vite un bien meilleur niveau que leur parent dans la langue d’adoption. Mais cela n’est pas dû qu’à la plasticité évoquée précédemment. L’urgence à s’intégrer est un second facteur explicatif de la faculté des enfants à mieux parler une langue étrangère.

Car là où les adultes ont déjà une certaine « assise » sociale avec de nombreuses relations dans leur vie, et aussi car les adultes émigrés ont une forte tendance à se retrouver entre eux, les enfants sont quant à eux souvent dans une situation de « minorité », voilà pourquoi ils ont une « urgence » à être les meilleurs possibles dans cette nouvelle langue. C’est évidemment aussi un moyen de se plier aux exigences académiques, mais il ne faut pas sous-estimer le besoin de socialisation des plus jeunes dans leur apprentissage d’une langue, loin s’en faut. Voilà donc une autre raison pour laquelle les enfants auraient un avantage sur leurs parents.

 

 

Et les adultes dans tout ça ?

 

Pour autant, il n’y aucune fatalité quant à l’apprentissage de nouvelles langues par un adulte. Il faut réaliser que si les enfants ont leurs forces en la matière, les adultes ne sont pas en reste.

 

L’argument de la motivation

 

C’est là une différence fondamentale entre l’enfant et l’adulte. Souvent, la démarche d’apprentissage d’une langue d’un enfant lui est imposée : par l’école ou par ses parents le plus clair du temps. Si cela s’avère dans la majorité des cas bénéfiques pour l’enfant, il n’est pas exclu que celui-ci fasse un blocage, comme ce pourrait être le cas pour les mathématiques.

L’adulte est en revanche en totale maîtrise des conditions de son apprentissage. Les notions de choix personnels et de motivation deviennent alors des facteurs surdéterminants. Un adulte ayant pour objectif une évolution favorable dans sa carrière pourra par exemple déployer une énergie considérable à apprendre une nouvelle langue. Là où un enfant ne saura pas forcément déceler ou identifier un intérêt particulier à cette maîtrise, l’adulte lui, de par la compréhension d’enjeux globaux pourra mieux se mettre dans les conditions de l’apprentissage. Il aura également aussi toute la liberté de faire des choix allant dans ce sens : favoriser les sorties avec des personnes parlant sa nouvelle langue, organiser des voyages ou ses hobbies en fonction, etc.

 

Le double argument de la courbe d’apprentissage

 

S’il y a peut-être un âge idéal pour débuter une nouvelle langue, il n’y en a en revanche aucun pour s’améliorer.

Au fil des années, la maîtrise d’une langue, quelle qu’elle soit, s’en va croissante (à condition de continuer la pratique). Si l’enfance ne dure qu’un temps, les adultes ont pour eux le nombre des années pour construire petit à petit une structure plus solide et un vocabulaire plus riche que ne le pourraient des enfants. Du simple fait aussi qu’un adulte peut envisager des enjeux plus complexes qu’un enfant, il saura plus vite transcrire un concept pré-existant d’une langue dans une autre.

Mais ce n’est pas tout. La courbe d’apprentissage fait toutes les preuves de son potentiel dans le cas des personnes parlant ce qu’on considérerait comme un grand nombre de langues étrangères. La logique est simple : plus on apprend de langues, plus on les apprend vite. 

 

 

Avec la pratique et l’expérience, un adulte saura maîtriser une nouvelle langue plus vite que la précédente (à difficulté comparable). Le cap de la toute première langue étrangère est donc le plus difficile à passer. Après cela, à force d’entraînements et d’exercices, voilà comment on arrive à de véritables insatiables des langues, qui les apprennent tour à tour, comme on apprendrait un nouvel instrument. Un adulte identifiera mieux les méthodes qui lui sont favorables, et pourra ainsi répliquer la chose à chaque fois de manière plus efficace.

En comparaison, les enfants baignés dans un environnement de langues diverses ont un apprentissage que l’on peut qualifier de « passif ». Par leurs seules (et excellentes) capacités de mimétisme, ils peuvent s’approprier une langue. C’est ce que l’on appelle l’apprentissage ‘implicite ».

En revanche, les jeunes enfants sont très mauvais pour l’apprentissage dit « explicite », car ils n’ont pas le contrôle cognitif et les capacités d’attention et de mémoire qu’ont un adulte. Des études ont ainsi prouvées que les règles de langues sont bien mieux apprises par des adultes que par des enfants ou des adolescents.

 

Une situation plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord

 

En conclusion, il apparaît qu’enfants comme adultes ont tous deux de sérieux arguments dans l’apprentissage d’une langue.

Si pour les premiers, on peut effectivement, il est vrai, parler d’une plus grande « facilité » à aborder une langue nouvelle (surtout si c’est la première), passés le stade de l’initiation, les adultes peuvent à terme quant à eux se montrer plus efficaces que les plus jeunes.

Il n’y a donc pas d’âge vraiment idéal pour l’apprentissage et la maîtrise d’une langue !

No Comments Yet


Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *